Une délégation yukonnaise au Sommet des peuples indigènes

Alexandra Bocharnikova

Zoya Vasilievna Maksunova et Doug Hitch juste après l’enregistrement de son histoire en langue ket, à Moscou, le 17 avril dernier

Danièle Rechstein

Les 1 et 15 avril derniers, une délégation yukonnaise du conseil arctique athapascan (AAC) s’est rendu à Moscou pour participer au 5e sommet, qui réunit tous tes quatre ans des leaders de l’Arctique, et dont l’hôte était l’associaton russe des peuples indigènes du Nord (RAIPON). Il s’agissssait de discuter de l’impact du développement industriel et des changements climatiques sur la vie des peuples autochtones.

Les activités des deux jours suivants resteront tout aussi mémorables pour les participants : « Rendez-vous compte ! C’était la toute première fois que des représentants de nos peuples rencontraient ceux d’un peuple de Sibérie, les Kets ! » s’émeut Cindy Dickson, directrice de l’AAC.

Le succès des recherches linguistiques comparatives entre les langues athapascanes d’Amérique du Nord et la langue ket, isolée en Sirérie, donnait à cette rencontre un caractère de retrouvailles historiques exceptionnel. « Auparavant, il ne s’agissait que de suppositions, mais des travaux récents ont révélé de très fortes probabilités de liens entre les deux groupes de langues, notamment en ce qui concerne les structures grammaticales », explique Doug Hitch, linguiste au Yukon Native Language Centre (YNLC).

Ayant lui-même conçu une méthode novatrice de réalisation de livres d’apprentissage en langue autochtone – récit original en langue autochtone au lieu de l’anglais que l’on doit traduire–, M. Hitch avait pris soin d’apporter à Moscou la version illustrée de The Fishing Place, un des livres utilisés au YNLC. Le 17 avril, à Moscou, il procédait à l’enregistrement de l’histoire racontée directement en langue ket par Mme Zoya Maksunova – linguiste, enseignante et locutrice de la langue Ket,– supervisant ensuite le premier jet d’une transcription de cette histoire en langue ket, en caractères cyrilliques. Ces archives sonores seront affichées dans quelques temps sur le site Web du YNLC.

Le langue ket est en danger. Sur les 2000 Kets vivant dans des hameaux du bassin de la rivière sibérienne Yenisei, seules 200 personnes âgées parlent encore le ket. Le phénomène des connexions entre les langues athapascanes et le ket apparait encore plus mystérieux lorsqu’on sait que le groupe ket est totalement isolé et encerclé de toutes parts par des populations parlant des langues totalement différentes, un peu comme la langue basque est isolée au sein de l’Europe.

Conscients des risques graves d’extinction de leur langue, les Kets viennent d’entreprendre la création de leur propre centre linguistique. Un projet tel que la réalisation conjointe de livres peut devenir le début d’une collaboration entre les deux continents. Mme Dickson souhaiterait en outre organiser des échanges culturels entre les deux peuples. Par ailleurs, les Kets ont exprimé d’autres besoins pressants concernant la santé de leurs enfants : il leur faudrait des multivitamines !

L’étude des langues mène naturellement à des échanges de type culturel et social. Selon M. Hitch, la recherche liée aux langues classées comme largement minoritaires est loin d’être insignifiante : elle fait évoluer notre compréhension de l’histoire de l’humanité, en l’occurrence, celle des liens entre l’Eurasie et l’Amérique du Nord.

Et que dire de l’évolution des mentalités ? Les parlers autochtones, dont les pouvoirs publics avaient banni l’usage des deux côtés de l’océan, vont maintenant renaître et servir à réunir des populations au-delà des continents !